Pas si mal, les «poteaux»!

Publié le 05 mai 2011 à 06h00 | Mis à jour le 05 mai 2011 à 06h00
Lysiane Gagnon
La Presse

Finalement, ils ne sont pas si mal, les «poteaux orange» que l'humeur fantasque des Québécois vient de propulser à Ottawa! Certes, on verra à l'usage que le groupe comprend quelques hurluberlus, et aussi, hélas, quelques unilingues. Il reste que parmi les nouveaux députés que nous faisait découvrir La Presse d'hier, il s'en trouve plusieurs qui se comparent très avantageusement à la moyenne des députés québécois qu'on a vu défiler sur la scène fédérale.

Outre les têtes d'affiche (Mmes Boivin et Turmel et MM. Mulcair et Benskin), voici Robert Aubin, musicologue et professeur depuis 25 ans au séminaire Saint-Joseph, Hélène Laverdière, jeune retraitée des Affaires extérieures, Pierre Nantel, 20 ans d'expérience dans l'industrie du disque, Joseph Nunez Melo, bachelier de HEC et fonctionnaire à Revenu Québec, Roméo Saganash, le négociateur cri, François Pilon, col bleu à Laval, Djaouida Sellah, médecin de formation, Hoang Mai, notaire qui a travaillé longtemps en Asie, Christine Moore, infirmière aux soins intensifs, Jonathan Genest-Jourdain, avocat innu de 31 ans, Sadia Groguhé, psychologue, Alexandre Boulerice, conseiller en communication pour le SCFP, Marjolaine Boutin-Sweet, 20 ans de travail au Musée de la Pointe-à-Callière... Tous des gens dont les feuilles de route les classent comme des adultes sérieux et responsables.

Loin d'être de vulgaires poteaux, ils étaient déjà très engagés socialement ou politiquement, comme militants syndicaux ou bénévoles pour le NPD. Ils ne s'attendaient évidemment pas à être élus, mais c'est par conviction qu'ils portaient les couleurs du parti.

Et il y a la troupe des jeunes, les moins de 25 ans, et la bande d'étudiants universitaires, qui vont insuffler un joli vent de fraîcheur dans les couloirs sombres du parlement. Eux non plus n'apparaissent pas dans le paysage comme des champignons de la dernière pluie. Nombreux sont ceux qui ont déjà milité au NPD comme bénévoles. Même le benjamin de la bande, Pierre-Luc Dusseault, 19 ans, a de l'expérience politique, il a fondé l'an dernier la section NPD à l'Université de Sherbrooke.

Ces députés, pour la plupart marqués à gauche, ne seront pas des «clones» des bloquistes, qui étaient en majorité des nationalistes traditionnels et des souverainistes de droite. C'est Gilles Duceppe et une poignée de députés comme Francine Lalonde et Pierre Paquette qui ont donné au Bloc l'apparence d'un parti de gauche, et ce, d'autant plus facilement que M. Duceppe, qui était au moins aussi «contrôlant» que Stephen Harper, menait ses troupes d'une main de fer et bâillonnait ses dissidents.

On ne doit pas s'attendre à ce que les députés québécois du NPD reprennent le discours revendicateur du Bloc. Plus socialistes que nationalistes (la plupart sont probablement fédéralistes et plusieurs sont d'origine étrangère), ils seront plus ouverts aux réalités pancanadiennes, moins portés à se concentrer exclusivement sur «les intérêts du Québec» au mépris de toute autre considération.

Même si la majorité des nouveaux élus néo-démocrates vient du Québec (58 sur 65), les députés québécois devront nécessairement composer avec l'ensemble du caucus néo-démocrate, composer aussi avec le fait que les racines du parti sont dans l'Ouest et en Ontario, et que le NPD irait vers le suicide s'il ignorait les autres provinces pour se faire le porte-voix du Québec.

Ce sera quelque chose que bien des Québécois auront du mal à accepter, eux qui ont été façonnés pendant 20 ans par la culture politique unidimensionnelle et absolutiste du Bloc - une culture qui excluait tout compromis, au mépris du fait que la politique est par définition l'art du compromis.